"Croire aux fauves" de Nastassja Martin, un livre éblouissant !

« C’est une naissance puisque ça n’est manifestement pas une mort »

Nastassja Martin

Ce livre retrace l’histoire vraie et récente d’une rencontre, d’une attaque, d’une étreinte quasiment fatale entre Nastassja Martin, jeune anthropologue française et d’un ours au pied d’un volcan du Kamchatka à l’extrême est de la Russie, mais résumer ce livre à ça serait bien trop réducteur.

Ce livre est plus grand que ça. Il est aventureux, humain, ethnographique, anthropologique, chamanique, poétique, prophétique, spirituel, animal et une véritable fenêtre ouverte sur d’autres chemins de pensée.

« Je l’entends me rappeler nos discussions pendant mes délires fiévreux, et me mettre en garde contre l’esprit de l’ours, qui me suit, qui m’attend, qui me connaît. Pourtant il ne me retient pas. (…) Nastia, tu as pardonné à l’ours ? Il faut pardonner à l’ours. »

Nastassja Martin

Admirablement bien écrit et décrit, certaines expressions sont particulièrement bien trouvées et puissantes

L’adrénaline après l’attaque, alors qu’elle gît sur la steppe, qui augmente la puissance de tous ses sens: « les sons que je perçois sont démultipliés, j’entends comme le fauve, je suis le fauve ».

Après l’étreinte quasi-fatale qui se termine par un coup de piolet dans la cuisse de l’ours: « nous avons marqué nos corps du signe de l’autre ».

Ou quand elle parle d’un ami que l’on devine un peu chamane grâce à ces mots sublimes: « qui sait voir entre les mondes ».

« Un dispensaire aux allures de goulag »

Nastassja Martin

Le récit sans détour de son cheminement médical, intérieur et géographique

L’hôpital de Petropavlosk-Kamchatski qui vaut son pesant de cacahuètes, le corps médical français qui n’est pas en reste avec son cortège d’inconséquence et son cheminement intérieur de ses considérations chamaniques à son retour au Kamchatka.

Ce livre m’a tout simplement éblouie.

Il se lit vite et d’une traite, Nastassja Martin nous accroche dès la première page

Nul besoin d’être attiré par le chamanisme ou l’animisme pour en apprécier le nectar, car il donne aux amoureux d’autres spiritualités de quoi se réjouir et aux réfractaires de quoi y réfléchir.

Chez moi il contribué à enlever la deuxième oeillère qu’il me restait sur le chamanisme (Corine Sombrun m’avait enlevé la première), j’ai longtemps été totalement réfractaire au sujet pourtant croisé sur ma route à bien des reprises: de cérémonies de guérison dans des villages himalayens à un rituel de protection sanglant au Tibet (voir ici) en passant par des cours sur le sujet à l’Inalco.

Pour moi qui crois très profondément en un céleste non défini donc il était compliqué d’avoir une vision animiste du monde mais je crois néanmoins désormais qu’il est possible qu’il puisse y avoir certaines connexions intermédiaires qui m’avaient jusqu’à lors échappées.

En bref, je crois que ce livre m’a rendue un peu moins con, ce qui fait une belle jambe à l’humanité…

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