Situé à 300 km sous le cercle polaire et 1000 km plus au nord de Moscou, Arkhangelsk ouvre les portes de l’Arctique russe. Longtemps point de départ des explorations arctiques, le port d’Arkhangelsk a également joué un rôle durant la 2ème guerre mondiale en accueillant « les convois de l’Arctique » visant au ravitaillement matériel des troupes soviétiques par les alliés. Arkhangelsk est également concernée par le plan Poutinien du Grand Nord dont le but est d’optimiser la route maritime polaire déjà existante en surfant sur le réchauffement climatique. La fonte des glaces devrait, entre autres, rendre la navigation des navires et cargos plus aisée dans les eaux polaires russes et donc plus rentable. Arkhangelsk, qui vit essentiellement de la pêche et du bois, est actuellement le théâtre d’une fronde contre le gouvernement russe qui a décidé de faire de la région sa poubelle moscovite en venant y déverser les déchets de la capitale dans une décharge en pleine nature en cours de construction.

Arkhangelsk, entouré en rouge sur la carte, 300 km au sud du cercle polaire

Petit tour de la ville

Les immanquables navires d’Arkhangelsk
La jetée d’Arkhangelsk
Les rives ensablées de la Dvina septentrionale, ce fleuve qui passe par Arkhangelsk avant de se jeter 20 km plus loin dans la mer blanche qui elle-même se jettera dans la mer de Barents
Cette statue de phoque en marbre est là pour rappeler la famine lors de la 2ème guerre mondiale qui a contraint la population à se nourrir de viande de phoque pour survivre
Toujours le long de la plage, ce monument rend hommage aux participants des convois de l’Arctique, ces convois maritimes, qui entre 1941 et 1945, depuis le Royaume-uni et les Etats-unis acheminaient une aide matérielle à l’URSS via les ports de Mourmansk l’hiver (car la mer n’y gèle jamais) et Arkhangelsk et Severodvinsk l’été
Petite capitainerie et bâtiment des sauveteurs en mer
Bateaux amarrés et à caréner

La belle avenue piétonne Chumbarova-Luchinskogo

Il est très agréable de marcher le long de cette avenue piétonne bordée d’anciennes maisons en bois dont certaines sont reconverties en cafés ou restaurants.

Les belles couleurs de l’automne à Arkhangelsk
Au marché d’Arkhangelsk on ne lésine pas sur la taille des morceaux que l’on fait déguster ! Ici du Сёмга (siomga), une sorte de saumon que je trouve un tout petit peu plus salé

Musée de la mer du nord

Le musée retrace au rez-de-chaussée l’histoire de la navigation et les épopées arctiques russes, le premier étage est lui entièrement dédié à la 2ème guerre mondiale et à ces fameux convois arctiques.

Musée de l’art Arctique

J’ai vraiment trouvé que le musée du développement artistique arctique valait le détour. Le musée est agencé façon loft avec une déco chaleureuse et moderne à laquelle on ne s’attend pas dans une ville comme Arkhangelsk. Il parait même qu’on y organise des soirées et des concerts de jazz.

Une partie est consacré aux traditions arctiques via le travail des peaux et l’art de se vêtir. L’autre partie rassemble des peintures d’artistes de l’Arctique qui peignent des paysages polaires mais surtout nous fait découvrir le peintre Alexander Borisov, originaire de l’oblast d’Arkhangelsk, explorateur, écrivain et premier peintre russe à avoir fait de l’Arctique le thème principal de ses peintures.

Une peinture de Borisov projetée sur un iceberg reconstitué et des bruits de l’Arctique en fond sonore
Le Tchoum, tipi des nomades de l’Arctique russe
Vêtements portés par les nomades de l’Arctique

Un climat subarctique

Je me suis rendue à Arkhangelsk avant la mi-octobre et visiblement même si l’automne était encore bien installé la neige était déjà pourtant passée par là, pas étonnant pour une ville au climat subarctique. Les locaux avaient l’air beaucoup plus avertis que moi…

Extrait d’un mail envoyé à un ami au sujet d’Arkhangelsk

« La veille de mon départ pour la Russie, j’ai été saisie d’une sorte d’angoisse à l’idée d’aller seulement à Moscou et Novossibirsk.

Pour pallier à cet encéphalogramme un peu trop plat à mon goût étreint dans un planning un peu trop serré, j’ai décidé qu’une escapade à Arkhangelsk serait parfaite pour entrouvrir la porte qui mène à l’Arctique.

Après une nuit trop courte et un nombre conséquent de tranches de Сёмга dans l’estomac (« une sorte de saumon de notre mer du nord » m’expliquera plus tard l’une des poissonnières du marché), c’est le ventre bien rempli, le coeur joyeux et Lara Fabian dans les oreilles que je suis partie à la découverte de cette ville sur laquelle j’avais au préalable refusé d’enquêter.

La truffe au vent pour respirer cet air polaire dont j’avais tant rêvé, je méditais sur le zéro degré moscovite qui n’avait décidément rien à voir avec son pendant subarctique, plus enveloppant et plus mordant, tranchant avec l’automne qui continuait de battre son plein de couleurs.

Les adultes avaient déjà chaussé leurs bottes fourrées et les enfants enfilé leur combi de ski pour l’école, alors que moi, néophyte sous ces latitudes, je déambulais comme une quiche sous une pluie glacée en bottines et sans gants.

Si la ville en elle-même n’a rien d’extraordinaire, j’avoue m’être émerveillée de tous ces gens qui se promenaient sur la jetée, arborant un air profondément heureux en profitant de ces derniers jours « de beau temps » avant que la plage et la rivière Dvina ne soient respectivement prises par la neige, la glace et les grands froids. «